AlphaGo 2 – Ke Jie 0

Vous vous souvenez de la défaite du champion coréen de Go, Lee Sedol, contre l’Intelligence Artificielle (IA) de Google, AlphaGo, dont nous avions parlé dans un précédent article traitant de la question des « ordinateurs joueurs ». Et bien, c’est le numéro 1 mondial, Ke Jie, qui vient de se frotter au super-calculateur dans le cadre d’un festival d’IA organisé à Wuzhen (Est de la Chine) par DeepMind Technologies, filiale londonienne de Google. Pour le journal Le Monde cette confrontation permet de souligner la censure Chinoise de la rediffusion en direct de cette confrontation sur Youtube. Selon le pigiste de cette gazette, « La Chine a interdit, sans raison, sa retransmission ».  Toutefois, ce ne sont pas les seuls médias disponibles sur la toile pour les internautes qu’ils soient chinois ou français bien que la vidéo officielle du premier match sur la chaîne Deepmind de Youtube ait été visionnée par plus de 400 000 personnes dans le monde. Pour exemple, les spécialistes du Go peuvent analyser les partie sur cette page sans devoir regarder passivement une vidéo Youtube. Mais n’entrons pas dans des débats idéologiques sur l’accès au savoir, la censure et la protection des données privées, ce n’est pas ici notre propos.

Les règles appliquées pour cette confrontation sont les règles chinoises. La taille du Goban (plateau de jeu) est de 19×19 cases, chaque joueur dispose de trois heures de jeu et le joueur noir obtient 7,5 points d’avance. Nous pouvons ici préciser que AlphaGo serait incapable de jouer sur un Goban de 21×21 cases alors que la plupart des joueurs de Go ne serait que très peu gênés par cette modification d’ordre géographique. Le problème de l’algorithme selon l’un des membres de l’équipe Alphago, c’est que le programme joue contre lui-même pour s’améliorer et qu’on ne peut pas appliquer sa logique à autre chose qu’à la configuration du jeu de Go qui a été prédéfinie dans le programme. Les détails techniques de l’architecture de Alphago seront d’ailleurs publiés très prochainement.

Ke Jie (à gauche) et l’opérateur jouant pour le logiciel AlphaGo (à droite)

Dans cette configuration de jeu, la plus traditionnelle, l’IA a battu le jeune chinois de 19 ans après seulement deux parties sur les trois programmées. Lors de la première partie, Alphago a joué avec les blancs. Selon Demis Hassabis, le concepteur du logiciel, Ke Jie a tenté d’utiliser des stratégies employées précédemment par l’IA et la partie s’est terminée sur un score très serré à l’avantge de l’IA. La machine a gagné d’un demi-point face à son adversaire humain, ce qui signifie qu’elle a gagné la partie avec 8 points d’avance. C’est le plus petit écart possible à cette variante du jeu de Go.

Après exactement 3 heures de combat, le champion chinois a abandonné la deuxième confrontation. Selon les concepteurs de AlphaGo, le joueur a fait une erreur de pose de l’une de ses pierres blanches qui lui a été fatale alors que le jeu était équilibré jusqu’à la moitié de la partie. Lors de la conférence de presse, Ke Jie n’a cessé de répété qu’il avait été très stressé lors de ce match, l’opérateur qui jouait les coups de Alphago n’exprimant aucune émotion comme si le jeu ne lui coûtait aucune énergie. De façon anecdotique, le champion du monde a obligé un journaliste de la presse chinoise à reposer la question qu’il avait posé en anglais dans leur langue natale, le chinois.

Quoi qu’il en soit, le résultat est là, un nouvel algorithme est meilleur que le meilleur des champions dans une configuration de jeu de pions prédéfinie. Cela en deviendrait presque lassant. N’oublions pas que des centaines de nouveaux jeux sont créés chaque année, contribuant à la diversité et la richesse des pratiques ludiques humaines. Si l’ordinateur arrive à quelques coups d’éclats à coup de millions de dollars, cela ne change rien aux vertus ludiques de ces jeux. Répétons le une nouvelle fois, calculer n’est pas jouer…

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