Jeux satiriques

Le monde du jeu, loin d’être déconnecté de la réalité, est le reflet de notre société. Il touche à tous les domaines, y compris la satire. La satire est une œuvre dont l’objectif est une critique moqueuse de son sujet, souvent dans l’intention de provoquer, prévenir un changement ou de porter à réfléchir. Les sociétés celtes pensaient que les satires des bardes avaient un effet physique similaire à un sort. On retrouve les premiers écrits satiriques chez les Grecs (ex. Homère) et les Romains (ex. Lucilius). Au Moyen-Âge, bien que Érasme et Rabelais emploient le style, la satire sera l’arme redoutable des jongleurs. On peut citer La Bruyère, La Fontaine et Molière pour l’âge classique. A partir du XIXe siècle, le but de la nouvelle satirique est de dénoncer et de critiquer les comportements négatifs en s’appuyant sur la presse écrite comme La silhouetteLe rire ou le Canard Enchaîné. La satire investira aussi le cinéma avec des films comme Les temps modernes (1936) et Le dictateur (1940) de Charlie Chaplin.

Le droit à la satire fait partie de la liberté d’expression, relevant du droit de la presse, et inclut le droit de caricaturer des personnes publiques ou des dieux, quitte à être choquant ou blessant. La limite de ce droit est atteint quand il y a diffamation, injure, outrage, dénigrement, atteinte à la vie privée, haine raciale, injure faite à un groupe en raison de son appartenance religieuse, atteinte à la dignité humaine ou animosité personnelle. La distinction entre buts légitimes et illégitimes de l’humour et de la satire est parfois subtile et relève alors de la décision des tribunaux, seuls instances compétentes à trancher sur l’humour. Pour Bergson (Le rire, 1900), le rire est toujours le rire d’un groupe. La satire cherche à rire et à dénoncer en même temps, comme lorsqu’elle fait des caricature de propagandes antisémites nazies. Mais elle peut également choquer voire provoquer des instabilités communautaires dans les cas les plus extrêmes, en faisant de « l’humour » raciste sur les personnes de couleur noire, d’origine nord-africaine, les homosexuels ou les handicapés.

La satire est aujourd’hui encore l’objet de censures comme ce fut le cas pour les films Welcome to New York (2014) ou certains groupes de rap par dissolution en 2005. Le monde du jeu n’échappe pas à la condamnation. On peut citer le jeu Le Giscarte (1976) dessiné par Eddy Munerol caricaturait le président Valéry Giscard d’Estaing et son gouvernement sous les habits de différents personnages historiques retiré de la vente le 15 octobre 1976 sur demande du président, le juge expliquant qu’un personnage public avait un droit absolu sur son image.

Aujourd’hui, il est bien plus discret de noyer un jeu dans la masse ou d’empêcher son édition plutôt que de le censurer. Toutefois, on peut citer la dédicace du jeu Casse-toi pov’con (Titre faisant référence à l’outrage du président Nicolas Sarkozy à l’encontre d’un citoyen français refusant de lui serrer la main), interdite en 2011 au festival Ludimania par le député-maire UMP pour éviter un reportage de France 3.

Quoi qu’il en soit, le jeu satirique est un média de communication auquel les autorités portent une très grande attention bien que la production de ce genre ludique dispose d’une plus grande liberté de manœuvre dans les périodes de guerre ou d’instabilité sociale. Le jeu satirique serait il alors signe d’un changement dans certains ordres sociaux établis ?

  • 1915 – QuatrArmes, caricature d’un officier allemand défiant le Maréchale Joffre
  • 1977 – Chomageopoly (Travailleurs de Lip), parodie du Monopoly (1935) en coopératif
  • 2001 – War on Terror. The Boardgame, satire des attentats terroristes de 2001
  • 2011 – Casse-toi Pov’con, titre parodique de la Réplique de Sarkozy (2008)
  • 2012 – Borgia, le jeu malsain, satire de la famille Borgia
  • 2014 – Cheminot Simulator, la satire du rail

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